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Vin en France et saké au Japon : une comparaison surprenante entre déclin de consommation et désaffection des jeunes

Par Julie Glawi , le 13 mai 2026 à 06:00 - 4 minutes de lecture
analyse de la baisse de la consommation de boissons : tendances, causes et impacts sur le marché.

Le vin en France et le saké au Japon vivent une drôle d’histoire parallèle. Tous deux connaissent un recul marqué de leur consommation, surtout chez les jeunes. Pourtant, ces boissons restent profondément ancrées dans leurs cultures respectives.

Comprendre la chute du saké : un cocktail de facteurs lourds

Le saké, jadis roi sur l’archipel, a vu sa consommation chuter de plus de 70 % en cinquante ans. Cette chute commence avec la crise économique majeure des années 1990 qui a plongé le Japon dans une « décennie perdue ».

Cette période a fait basculer le pays d’une forte croissance à un marasme financier qui a impacté la consommation d’alcool. Le saké n’était plus une priorité. La concurrence étrangère est venue jouer les trouble-fêtes. Bière, whisky, vin : tous ont grignoté son territoire.

Mais ce n’est pas qu’une affaire d’économie. Le saké a souffert d’une image dégradée. Pendant des décennies, on a consommé un produit industriel, « frelaté », qui a laissé des traces négatives durables dans la mémoire collective.

Les générations et le décalage culturel embarqué dans la bouteille

Ce qui frappe, c’est surtout la rupture entre les générations. Les jeunes Japonais ne se reconnaissent plus dans le saké. Pour leurs parents, c’est un rituel, un lien social profondément ancré. Pour eux, c’est une boisson trop complexe, trop traditionnelle, et pas faite pour eux.

La bière, facile d’accès, moderne, distribuée partout, est devenue la boisson de choix des jeunes. Tandis que le saké reste cantonné aux réunions classiques, aux izakayas fréquentés par une clientèle plus âgée.

Les sakés trop techniques nourrissent cette image élitiste et fermée, ce qui freine leur appropriation par la jeunesse. Le message n’a pas su passer.

Vin en France : un déclin progressif mais avec ses nuances

Si la chute du saké est brutale, celle du vin en France est plus douce, mais tout aussi inexorable. Depuis les années 1960, la consommation a perdu plus de 60 %. En 2024, elle continue de reculer, avec un recul record de 3,6 % en un an.

Ce sont les générations plus âgées, les fameux boomers, qui tiennent encore ferme. Ils représentent presque la moitié des consommateurs réguliers. Chez les plus jeunes, l’assiduité au verre diminue sérieusement.

Les vins rouges, jadis indétrônables, sont les premières victimes de cette désaffection. Leur part en volume a chuté de façon spectaculaire ces dernières années.

Des mythes à réinventer pour retrouver les palais de demain

En France, la transmission autour du vin vacille. Le mythe du vin, perçu comme complexe ou élitiste, rebute beaucoup de jeunes. Ils préfèrent des boissons plus simples, claires sur leur goût et accessibles dans leur format.

La bouteille traditionnelle, grande et lourde, ne séduit plus les consommateurs nomades. Le goût recherché tend vers des vins plus légers, frais, laissant de côté les codes anciens.

L’industrie semble comprendre qu’il faut accélérer la mue : proposer des formats plus petits, des vins originaux, facile à lire et à aimer sans prise de tête.

Leçons croisées : vin et saké face au défi des jeunes

Le parallèle entre déclin du saké et du vin éclaire un même combat : celui de rester pertinent auprès d’une jeunesse en quête d’authenticité et de simplicité. Le saké a amorcé sa renaissance en misant sur des produits plus sains, des sakés effervescents, moins alcoolisés.

Du côté du vin français, la tâche est complexe. Le prestige mondial freine parfois les innovations qui pourraient démocratiser le plaisir. Pourtant, une révolution des formats et des styles est en cours, portée par la demande de transparence et d’accessibilité.

Si le saké a failli mourir pour mieux revenir, le vin peut s’inspirer de cette résilience pour ne pas sombrer. À condition de casser certains codes et de parler un langage plus direct à ceux qui n’ont pas grandi dans les vignobles.

Source: avis-vin.lefigaro.fr

Julie Glawie est une œnologue basée à Toulouse avec un principe simple : « Un bon vin, c’est comme une personne franche : pas besoin d’en faire trop pour être remarquable. » Formée à la dégustation de haut niveau, Julie décortique chaque vin avec justesse, naturel et précision, sans jamais tomber dans le jargon. Elle adore dénicher des vins vivants et sincères et vous partage des conseils simples, vrais et percutants pour réussir vos accords mets-vins.

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