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Michel Rolland n’est plus : l’âme du Sud-Ouest vit à travers l’illustre œnologue bordelais

Par Julie Glawi , le 23 mars 2026 à 05:00 - 4 minutes de lecture
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C’est une page qui se tourne dans l’univers du vin bordelais et bien au-delà. Michel Rolland, ce nom qui résonne comme une référence incontournable, s’est éteint dans la nuit du 19 au 20 mars. À 78 ans, il laisse derrière lui un héritage immense et une empreinte indélébile dans le monde viticole.

Consultant globe-trotter, il a façonné les goûts et les styles dans plus de 17 pays. Loin des clichés, il était l’âme vibrante et truculente du Sud-Ouest, un homme qui savait allier authenticité et puissance.

Ce bordelais d’origine, né à Libourne, a changé la face du vin moderne, adulé ou controversé, mais toujours incontournable.

Michel Rolland, le roi de l’assemblage et le goût Parker incarné

Depuis les années 1980, Michel Rolland a imposé un style qui a dominé Bordeaux pendant trois décennies. Ce style ? Des vins mûrs, riches et boisés, ceux que Robert Parker affectionnait. La signature Rolland, c’est ce goût que l’on reconnaît immédiatement : dense sans perdre en élégance.

Il est souvent surnommé « le pape des vignerons » ou « le gourou du vin », des titres qui parlent d’eux-mêmes. Pourtant, derrière cette aura se cache un homme authentique, capable d’un humour vif et d’une franchise désarmante. Un Sud-Ouest dans toute sa splendeur !

Un consultant mondial, un maître de chais volant

Si son bazar était Bordeaux, son bureau, lui, défiait les frontières. Volant de continent en continent, Rolland conseillait pas moins de 250 domaines dans une quinzaine de pays. De la Californie à l’Inde, en passant par l’Amérique latine, ses conseils ont fait des miracles.

Cette itinérance lui a valu le surnom du « flying winemaker », ce qui donne une idée de son énergie et de sa passion pour la vigne. Il n’hésitait pas à mêler techniques modernes et respect du terroir, une rare alchimie.

L’homme du Sud-Ouest : un tempérament à la fois truculent et bienveillant

Michel Rolland, ce n’était pas seulement un nez hors pair ou un œil expert. C’était aussi une personnalité volcanique, facétieuse et accessible. Jérôme Baudouin, rédacteur en chef de la Revue du Vin de France, ne tarit pas d’éloges. Il souligne que le succès de Rolland reposait autant sur son talent que sur sa faconde et sa capacité à séduire.

Au-delà des polémiques liées à une certaine standardisation du vin, il incarnait une génération qui a su rendre Bordeaux incontournable sur la scène mondiale. Son accent du Sud-Ouest sonnait comme une invitation à partager, à s’ouvrir au monde.

Une trajectoire bordelaise et une influence planétaire

Né dans une famille de vignerons, Michel Rolland s’est fait remarquer tôt en prônant le merlot et des assemblages audacieux. Son passage au Château Le Bon Pasteur à Pomerol atteste de ses racines profondes dans la région.

Mais c’est sa capacité à tisser des liens et à transmettre ses connaissances à travers le monde qui marque son véritable héritage. Il a accompagné des noms prestigieux comme Bernard Magrez, mais aussi des dizaines de vignerons émergents, partout sur la planète.

Le style Rolland : entre succès éclatant et controverse durable

Personne ne peut nier que Michel Rolland a redonné un souffle nouveau au vin bordelais. Ses vins, taillés pour séduire les palais internationaux, ont propulsé de nombreuses propriétés sous les projecteurs. Mais cette réussite a aussi creusé un fossé.

Sa standardisation gustative, inspirée du style Parker, a parfois été pointée du doigt. Certains amateurs et critiques y ont vu une forme d’uniformisation trop marquée, un éloignement du terroir originel. Pourtant, cette démarche montre aussi combien Rolland questionnait sans cesse les équilibres entre tradition et modernité.

Michel Rolland n’est plus, mais ce qu’il a construit va bien au-delà de ses bouteilles. L’homme du Sud-Ouest, ce maestro de l’assemblage et du voyage, a offert au monde du vin une leçon d’audace et de passion.

Source: www.francebleu.fr

Julie Glawie est une œnologue basée à Toulouse avec un principe simple : « Un bon vin, c’est comme une personne franche : pas besoin d’en faire trop pour être remarquable. » Formée à la dégustation de haut niveau, Julie décortique chaque vin avec justesse, naturel et précision, sans jamais tomber dans le jargon. Elle adore dénicher des vins vivants et sincères et vous partage des conseils simples, vrais et percutants pour réussir vos accords mets-vins.

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