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Dry January : les œnologues dénoncent une abstinence « symbolique » déconnectée des traditions culturelles françaises

Par Julie Glawi , le 23 janvier 2026 à 18:35 - 3 minutes de lecture
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En France, le Dry January connaît un essor remarquable, avec près d’un quart des Français qui s’y adonnent désormais. Pourtant, ce mouvement suscite un débat passionné chez les spécialistes du vin. Pour les œnologues, cette pause sèche sonne comme une abstraction qui se heurte à la richesse des habitudes et valeurs culturelles du pays.

À l’origine du Dry January, une idée simple : un mois sans alcool, histoire de purifier le corps après les fêtes. Parfait en théorie, mais en pratique, la tradition viticole française ne s’y retrouve pas tout à fait.

Dry January en France : une croissance rapide mais controversée

Depuis que le Dry January a débarqué du Royaume-Uni en 2013, son adoption par les Français n’a cessé de prendre de l’ampleur. Une étude récente constatait que si un peu plus de 10 % des Français s’y étaient essayés en 2021, ce chiffre dépasse désormais 24 % en 2024 ! Pourtant aucun soutien institutionnel ne vient étayer ce mouvement.

Ce bond en avant interpelle la filière viticole, qui y voit un signal d’alarme ou une remise en cause du lien ancestral entre vin et culture gastronomique. Le Dry January peut sembler idéal pour le corps, mais il paraît parfois déconnecté des réalités du terroir et des pratiques sociales françaises.

Une abstinence jugée « symbolique » et scientifiquement discutable

Didier Fages, président des Œnologues de France, résume ce sentiment. Pour lui, l’abstinence pure et simple ne fait que masquer l’essentiel. Le Dry January, dit-il, se heurte aux connaissances scientifiques actuelles qui valorisent une consommation modérée, surtout dans un contexte alimentaire comme celui du régime méditerranéen.

Il insiste sur le fait que le vin est intimement lié à un patrimoine vivant et à un savoir-faire territorial qui ne peut se réduire à un simple interdit passager. Selon lui, le réel enjeu est de promouvoir la modération sur la durée, pas un arrêt ponctuel sans perspective éducative.

La modération, un art oublié face à l’injonction à l’abstinence

Si le Dry January fait figure de défi moral, il oublie souvent la richesse culturelle que le vin exprime en France. Pour les œnologues, c’est par une consommation raisonnée et bien ancrée dans la tradition que l’on tire le meilleur parti du vin.

L’approche privilégiée par Didier Fages et ses pairs vise à sensibiliser tout au long de l’année, en valorisant l’éducation au goût plutôt que la privation. Cette manière de faire permet d’éviter les excès tout en continuant d’apprécier la complexité des arômes et la convivialité du verre partagé.

Flexi-buveurs et alternatives innovantes : un nouveau souffle dans la filière

Dans le même temps, on observe l’émergence des « flexi-buveurs », ces consommateurs qui jouent avec les codes traditionnels. Ils apprécient aussi bien le vin que ses déclinaisons désalcoolisées. Cette tendance traduit une évolution intéressante vers une relation plus nuancée avec l’alcool.

Cela montre bien que le vin, même dans son expression la plus contemporaine, reste un lien à la terre et à la gastronomie, qui mérite un discours scientifiquement fondé, culturellement respectueux et honnête. La modération, plutôt que l’interdiction, apparaît comme la voie la plus juste pour tous.

Source: www.midilibre.fr

Julie Glawie est une œnologue basée à Toulouse avec un principe simple : « Un bon vin, c’est comme une personne franche : pas besoin d’en faire trop pour être remarquable. » Formée à la dégustation de haut niveau, Julie décortique chaque vin avec justesse, naturel et précision, sans jamais tomber dans le jargon. Elle adore dénicher des vins vivants et sincères et vous partage des conseils simples, vrais et percutants pour réussir vos accords mets-vins.

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